500 km. 12 000 m de dénivelé. 55 heures max pour boucler. Le Bikingman 555 Vercors, c’est une course d’ultracyclisme gravel qui traverse le massif du Vercors par ses routes les plus dingues — Combe Laval, les hauts plateaux, des pistes forestières où tu te demandes si t’es encore sur le parcours.

Juillet 2024, troisième édition. Et moi au départ. Mon premier ultra. Ma première course de vélo tout court.

Distance500 km
Dénivelé12 000 m D+
Terrain~80% route / 20% gravel (mais 50% du temps en gravel)
DépartVillard-de-Lans, 26 juillet 2024
Temps limite55 heures
Vélo recommandéGravel, pneus 40mm minimum, freins à disque

Avant le départ

Plusieurs mois de préparation structurée avec un coach. Setup bikepacking classique : gravel alu, sacoches de cadre et de selle, GPS HammerHead Karoo. 16,5 kg sur la balance au pesage — pas le plus léger du peloton, on va dire.

Le vélo au pesage avant le départ

Le seul truc qui me rassurait un peu : j’ai l’habitude de rouler sur du gravel bien cassant autour de Rodez. Les chemins aveyronnais, c’est pas de la rigolade non plus.


Jour 1 — Villard-de-Lans → Saint-Jean-en-Royans → Route de Lente

Au village départ, on récupère ses stickers de numéro, sa casquette Bikingman, on fait checker et peser le vélo. L’ambiance est top. J’ai même pu échanger quelques mots avec le YouTuber Gravel & Bike qui était aussi au départ.

Mais bon, autant le dire : j’étais mort de stress. Aucune idée de ce qui m’attendait.

Concentré au départ

Top départ. Je roule seul au début, puis je tombe assez vite sur un gars — qui s’avère être un autre élève de mon coach. Le monde est petit. On passe ensemble le Tunnel des Écouges, premier gros morceau du parcours, et on enchaîne les cols sous un soleil qui ne fait aucun cadeau. Il fait une chaleur de dingue.

Le Tunnel des Écouges

Fin de journée, on s’arrête à Saint-Jean-en-Royans avec d’autres concurrents. Pizza. Un vrai moment de bonheur au milieu de l’effort, le genre de pause qui te recharge la tête autant que les jambes.

Puis c’est le Col de la Machine par la Route de Lente. Longue montée dans la forêt du Vercors. C’est là qu’on décide de s’arrêter pour la nuit — bivouac au bord de la route.


Nuit 1 — Deux heures de sommeil et bonsoir

Couché vers 23h30. Levé à 1h30. Deux heures. C’est tout ce qu’on s’accorde.

On repart dans le noir. Dans la montée qui suit, je lâche mon compagnon de route qui galère. Plus haut, je croise un concurrent dans un sale état — il vomit depuis la veille. Coup de chaleur ou eau non potable bue à une fontaine, difficile à dire. L’ultra, c’est aussi ces moments-là, ceux qu’on ne voit pas sur les vidéos de finish.

Lever de soleil sur le Vercors

Je roule seul toute la nuit. Le temps s’étire. Et puis au petit matin, je croise un autre participant avec qui je partage quelques heures de pédalage. Ça fait du bien de ne plus être seul.


Jour 2 — Le checkpoint, la chaleur, encore

Premier checkpoint avec ravitaillement. Et là — surprise — mes parents sont venus. Ils veulent savoir comment ça s’est passé, comment je me sens. Ça fait un bien fou de voir des visages familiers au milieu du chaos.

Sur les chemins gravel du Vercors

Les sections gravel s’enchaînent. Rien d’insurmontable pour moi — merci les chemins de l’Aveyron sur lesquels j’ai pu m’entrainer. Mais la chaleur… Elle ne lâche rien. Pas un souffle d’air. Deuxième jour de canicule.


Le Col de la Bataille — Chasser les lumières

Fin de journée. Le soleil descend. J’attaque le Col de la Bataille par Les Nonières. Seul. Et j’ai mal aux fesses comme jamais de ma vie. Chaque coup de pédale assis est une torture.

Et puis je les vois. Deux lumières, plus haut dans la montée. Deux autres participants. Je me fixe un objectif idiot mais qui me sauve : les rattraper.

Je monte en danseuse parce que m’asseoir c’est plus possible. J’appuie. Je les vois se rapprocher. Et je les chope, juste avant le sommet. Petite victoire dans la nuit. Le genre de moment absurde qui te rappelle pourquoi t’es là.

Je termine l’ascension avec l’un d’eux. On bascule dans la descente et on s’arrête pour bivouaquer au bord de la route, quelques heures.


Nuit 2 — Le creux

3h du matin. Réveil. Nos bivys sont trempés par la rosée. Le froid. La fatigue. Tout le corps qui dit non.

« J’ai envie de tout sauf de faire du vélo. »

C’est sorti tout seul. Et c’était vrai. Mais on se lève. On roule. De nuit. Parce qu’on n’a pas bouffé 400 bornes de souffrance pour s’arrêter maintenant.

Et comme la veille, le lever de soleil change tout. La lumière revient et avec elle l’énergie. C’est physique, ce truc. Le soleil te remet debout.


Les dernières heures — Le tram, la descente, la cloche

Arrêt boulangerie au Gua. Pain, café, retour parmi les vivants.

Puis la dernière grosse difficulté : la montée vers Saint-Nizier-du-Moucherotte par l’ancien chemin du tramway, sur les hauteurs de Grenoble. La dernière marche avant la fin.

Et puis la descente vers Villard-de-Lans. L’excitation monte. Je suis seul. Et dans ma tête, c’est un dialogue permanent :

« Tu l’as fait, mec ! Mais reste calme. Pas d’accident avant l’arrivée… »

La cloche du Bikingman. Ce son. Celui qui dit que c’est fini. Mini interview de l’animateur — je sais plus ce que j’ai raconté. Et des larmes. De joie, d’épuisement, de soulagement. Mes parents sont là, à l’arrivée.

L’arrivée — 50h12

50 heures et 12 minutes. C’est fait.


Le bilan

Le mental fait du yoyo pendant 50 heures. Des moments d’euphorie pure — les levers de soleil, la chasse aux lumières dans la nuit, les paysages fous du Vercors. Et des moments très, très sombres — les réveils de bivouac, la douleur, la chaleur, la solitude.

Si tu veux te lancer : prépare-toi. Vraiment. Check ton matos — toute la liste obligatoire, que tout fonctionne. Et surtout, accepte que ton mental va prendre cher. Il va te dire d’arrêter. Plusieurs fois. C’est normal. C’est lui qui fait la différence.

Sur 71 partants, 29 n’ont pas terminé. 41% d’abandon. Je suis arrivé 23ème. Et je m’en fous du classement — j’ai terminé.

Carte Strava du parcours


L’édition 2024 en chiffres

CatégorieNomTemps
1er PaireRomain & Brice Castelli31h01
1er Solo HommePhilippe Martin32h38
1ère Solo FemmeJacinthe Lapointe51h29
MoiAlexis Couronne50h12

Vidéo